Navigation silencieuse
Navigation silencieuse
Une expédition à la voile légère (petit catamaran de sport), sans habitacle et sans moteur, aux confins de l'Arctique norvégien, pour appréhender les problématiques des impacts de la pollution sonore anthropique sur la faune sous-marine.
Des partenariats scientifiques sont en cours pour définir nos objectifs et nos moyens (enregistrements, interviews, ....)
Pourquoi la Norvège ?
La Norvège est devenue un laboratoire mondial pour le transport maritime propre, spécifiquement pour protéger ses eaux intérieures.
Ses fjords, célèbres dans le monde entier, attirent des milliers de touristes. Ils ont un écosystème fragile à cause du confinement des eaux, leur popularité les rend vulnérables. Notamment, Geirangerfjord et Nærøyfjord, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, qui font aujourd'hui l'objet d'une réglementation unique et engagée :
Dès cette année, la Norvège impose que seuls les navires à "zéro émission" (électriques ou hydrogène) puissent y circuler. C'est l'une des mesures de protection marine les plus radicales au monde pour lutter contre l'acidification locale des eaux et les impacts de la pollution sonore sur la faune marine : effet caisse de résonance dû à la topographie encaissée et profonde des fjords, brouillage de l'écholocalisation chez les mammifères marins, désorientation des larves de poissons qui ne trouvent plus leur habitat, rétractation et trouble de l'alimentation des coraux d'eau froide.
Avec la dérive migratoire du hareng vers le Grand Nord, preuve du changement climatique en Arctique, les baleines à bosse et les orques reviennent en masse en période hivernale, pour la joie des amateurs et observateurs de mammifères marins.... des pêcheurs et des professionnels du tourisme. Pour éviter de stresser les animaux, la Norvège a mis en place des codes de conduite stricts dans les zones protégées : distance minimale de 50 à 100 mètres, interdiction de couper la route des pods d'orques ou de cétacés, et limitation du temps d'observation.
Pourquoi sensibiliser sur la thématique du bruit sous-marin en 2026 ?
Bien que les nuisances sous-marines liées aux activités anthropiques soient reconnues comme une menace pour les écosystèmes marins par les Nations Unies depuis 2005 et par la France depuis 2010, la lutte contre la pollution sonore n'a été régie jusqu'à très récemment que par des directives peu contraignantes. La réglementation internationale connaît un tournant historique en ce début d'année 2026. Elle est désormais traitée comme une menace majeure pour la biodiversité marine.
Ce traité rend obligatoires les études d'impact environnemental (EIE) pour toute nouvelle activité industrielle en haute mer (exploitation minière, nouveaux câbles, etc.).
Contrairement aux textes précédents, ces études doivent désormais inclure les impacts acoustiques cumulatifs. C’est le premier cadre juridiquement contraignant qui s'applique aux deux tiers des océans mondiaux.
La première COP du Traité BBNJ prévue fin 2026 devra fixer les modalités de contrôle du bruit dans les zones de protection marine internationales.
L'OMI est l'organe qui gère le bruit émis par les navires de commerce. Jusqu'ici, elle ne proposait que des directives volontaires.
Depuis octobre 2023, de nouvelles lignes directrices techniques sont en place pour réduire le bruit rayonné (URN - Underwater Radiated Noise).
Un plan OSPAR adopté en juin 2025 impose des contraintes concernant la navigation commerciale (révision des lignes directrices de 2014 de l'Organisation Maritime Internationale). Ce plan est assorti de la création d'un suivi en temps réel des nuisances et de registres nationaux de bruit.
Le sous-comité "Ship Design and Construction" (SDC 12) se réunit en janvier 2026, à Londres. L'enjeu est de transformer ces recommandations volontaires en mesures obligatoires dans le cadre de la convention MARPOL, notamment pour les zones sensibles comme l'Arctique, désigné par le Conseil Circumpolaire Inuit (ICC), comme particulièrement vulnérable.
Plan d'action 2026 : Nous sommes dans la phase finale d'une "période d'apprentissage" (Experience-Building Phase) qui doit aboutir cette année à des décisions sur des normes de conception de navires plus silencieux.
Lors de la conférence UNOC-3 à Nice en juin 2025, une coalition internationale pour un "Océan Silencieux" a été lancée par plus de 35 pays (dont la France).
L'objectif : Harmoniser les seuils de bruit au niveau mondial.
Mesure phare : Le concept des "Vitesses Bleues" (Blue Speeds). Réduire la vitesse des navires marchands permet de réduire simultanément le bruit sous-marin de 40 %, les émissions de CO₂ et les collisions avec les cétacés. Plusieurs ports européens commencent à offrir des réductions de taxes aux navires qui adoptent ces vitesses.
L'Europe reste la zone la plus avancée grâce à la Directive-Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM) :
Seuils limites : L'UE a déjà défini des "seuils de bon état écologique" pour le bruit impulsif (sonar, travaux) et le bruit continu (moteurs).
Surveillance : En 2026, le réseau de stations d'écoute acoustique sous-marine est devenu quasi permanent sur toutes les façades maritimes européennes pour vérifier le respect de ces seuils par les industriels.
Les enjeux de la pollution sonore sur la biodiversité marine
Comme pour les être humains dans leur environnement terrestre, la pollution sonore est, pour le monde aquatique, une source de stress chronique. Le milieu marin est un excellent conducteur des ondes sonores - la célérité du son est 4,5 fois plus élevée dans l’eau que dans l’air, et ces ondes sont de plus extrêmement réverbérées... Toute la chaîne alimentaire est touchée du plancton jusqu’aux plus grands mammifères. Les impacts sont multiples : le bruit désoriente et stresse, provoque des lésions voire, peut tuer. Il fait fuir et réduit les capacités vitales : s’orienter, se nourrir (il affecte profondément l’équilibre de la chaîne alimentaire), se reproduire, se défendre ou tout simplement communiquer. La portée des chants de baleines serait réduite de 90% à cause des activités anthropiques.
Les espèces aquatiques sont d’autant plus sensibles que deux tiers de leurs neurones sont en général consacrés à l’écoute. La surface renvoie presque intégralement les sons qu’elle reçoit, c’est un véritable « miroir acoustique ». Depuis 40 ans, le volume sonore sous-marin double tous les dix ans. Les ondes sonores de plus de 200dB entraînent la résonance d’organes, causent des lésions, de la surdité temporaire ou définitive selon les niveaux perçus et la durée d’exposition.
Si les moteurs électriques permettent en théorie de réduire la nuisance sonore, les notices constructeurs norme ICOMIA 39-94 annoncent en général 80 db. Ces niveaux sont uniquement mesurés "aux oreilles du pilote" donc dans leur rapport à l'homme et en aucun cas selon leur impact sur la faune. En France, rappelons que le bruit produit par un bateau ou tout engin flottant muni d'un moteur mesuré à vingt-cinq mètres ne doit pas dépasser 75 décibels. Les niveaux sonores maximum sont de 90 dBA pour les moteurs construits avant le 1/1/93... 88 dBA pour ceux construits après le 1/1/93, ... soit l'équivalent d'une sirène de Police.