Expédition
Fortune de Mer (2019)
Eté 2019, nous avons organisé une campagne de ramassage de déchets plastiques dans le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA) en Mauritanie, la plus grande réserve ornithologique côtière d’Afrique de l’Ouest, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.
La Mauritanie, un cas unique au monde !
Précurseur, la Mauritanie prend en 1976 la décision exemplaire et unique de sanctuariser 1/3 de son littoral en créant le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA). Territoire du peuple de pêcheurs Imraguen, seule la pêche artisanale à la voile pure, en lanche traditionnelle, y est autorisée.
Le Parc National du Banc d'Arguin, une zone de haute biodiversité menacée
Constitué d'un chapelet d'îles, le PNBA représente un point d'étape majeur sur les routes de migration des oiseaux et abrite une grande densité d'espèces endémiques de la région. Zones protégées et donc difficilement accessibles, ses iles et ses rivages sont malheureusement exposés à une accumulation de déchets, dûe au changement de mode de consommation (bouteilles d’eau, emballages, etc…) et à une activité halieutique intense (flotteurs, bidons, cordages, filets).
Une mission pilote
En partenariat avec les autorités locales, notre mission visait à la fois le ramassage des déchets plastiques sur des zones identifiées comme prioritaires (iles inaccessibles, mangroves et villages), la définition des conditions de mise en œuvre de futures campagnes de ramassage et à plus long terme, la proposition de solutions de gestion des déchets par le Parc National du Banc d’Arguin, dépourvu aujourd'hui de tout système de traitement et de recyclage.
Pour mener cette mission, une task force centrale de 16 personnes a été constituée.
(et nombre d'habitants)
"Regardons la réalité en face, il est trop tard pour nettoyer notre littoral en profondeur. Mais il est encore temps de restaurer des zones de nidification viables ».
Plaidoyer pour les zones strictement protégées réellement entretenues.
1. Estimation du volume global de déchets plastiques sur le PNBA
Les 17,5 Km de côtes nettoyées représentent 3,6% du total des 500 Km de littoral (iles comprises) du PNBA. Il faudrait ainsi approximativement 30 missions similaires pour nettoyer l’ensemble du littoral du parc. Au total, on peut estimer le tonnage des déchets du littoral (hors ceux existant déjà dans les décharges) à 300 tonnes de déchets (5700 m3), soit encore 2,5 millions de déchets.
2. Ramassage des déchets hors des villages
Notre opération a constitué un tout premier nettoyage de ces îles. Nous avons constaté que les oiseaux utilisent couramment les plastiques dans la conception de leurs nids (cordelettes et bidons).
Caractéristiques des déchets récoltés au PNBA
Schématiquement, les déchets sont constitués à 50% de bouteilles plastiques et 50% de matériels de pêche (filets, cordes, flotteurs).
Les déchets plastiques accumulés au fil du temps se sont progressivement sédimentés dans la laisse de mer, parfois au-delà de 20 cm de profondeur. Le nettoyage des couches profondes est très aléatoire et imparfait.
Les déchets plastique enterrés sont pour certains déjà très friables. Outre le fait qu’ils ne sont plus visibles (ils sont détectables au bruit lorsque l’on marche dessus), ils sont parfois trop profondément enfouis ou emmêlés dans la végétation, pour être retirés. Les cordelettes de flotteurs qui mesurent parfois plusieurs mètres ou les filets de pêche doivent être coupés ou ne sont récupérables qu’en contrepartie d’une destruction de la laisse de mer.
La qualité du plastique est globalement assez dégradée. La couche superficielle peut dans certains cas être propice au recyclage mais les couches profondes sont globalement assez atteintes par le sel, le sable, les excréments d’oiseaux et il ne semble pas possible d’envisager un recyclage.
Quelles conclusions et recommandations avons-nous tirées de cette expérience ?
La mission Fortune de mer témoigne de la nécessité absolue d'organiser des campagnes régulières de ramassage avec une fréquence annuelle a minima pour éviter que les plastiques ne se dégradent ou se fractionnent et sédimentent.
Les zones très fréquentées par les oiseaux, dites de haute biodiversité, sont prioritaires, pour que les espèces se nourrissent et se reproduisent normalement.
Les zones de mangroves, difficile d’accès (les déchets viennent s’intercaler sous les racines et sont difficiles à extraire), doivent donc faire l’objet d’une vigilance renforcée.
Compte tenu de l’état du plastique collecté (friable, salé, sablé), il n’est plus envisageable de se concentrer sur une action de recyclage.
Le PNBA recense 233 espèces différentes d'oiseaux. La biodiversité, c'est maintenant qu'il faut la protéger. Aidez-nous à pérenniser des campagnes de nettoyage dans ce Parc Naturel ou dans d'autres zones de haute biodiversité ! Rejoignez- nous !